L’inflation globale au Canada est restée à 3,0 % en août, inchangée par rapport à juillet, tandis que la Banque du Canada en est à sept décisions consécutives sans toucher à son taux directeur, maintenu à 2,25 % depuis avril. Le 16 septembre, la Réserve fédérale a rompu avec sa propre tendance en relevant son taux pour la première fois en plus de trois ans. Les deux banques centrales n’évoluent plus dans la même direction, et le mécanisme qui relie cet écart au renouvellement d’un prêt hypothécaire canadien est court et direct.
Ce que la Banque du Canada a vraiment dit
La décision du 2 septembre faisait état d’une activité économique qui se raffermit globalement comme prévu, la croissance du PIB de 3,3 % au deuxième trimestre appuyant le maintien du taux plutôt qu’une baisse. Mais la Banque a clairement indiqué que les risques à la hausse pesant sur sa prévision d’inflation se sont accrus, en citant le conflit au Moyen-Orient, qui maintient les prix du pétrole élevés, et les nouveaux droits de douane américains comme les deux forces qui contrarient la reprise qu’elle cherche à protéger.
Les mesures de l’inflation fondamentale sont restées près de 2 % en juillet, et c’est la lecture à laquelle la Banque accorde le plus de poids. L’IPC global à 3,0 % est surtout tiré par l’essence, en hausse de 22,8 % sur un an en août, et par les loyers, en hausse de 2,8 %. Hors essence, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 %, soit plus près de la cible que ne le laisse croire le chiffre global.
Les deux banques centrales n’ont pas agi de la même façon au cours des deux dernières semaines, et l’écart entre leurs taux directeurs est maintenant le plus large de l’année.
Les valeurs de la Fed correspondent au point médian de chaque fourchette cible annoncée. La Banque du Canada maintient son taux à 2,25 % depuis avril ; la Fed l’a maintenu entre 3,50 % et 3,75 % jusqu’en juillet avant de le porter dans une fourchette de 3,75 % à 4 % le 16 septembre. Source : Banque du Canada, Réserve fédérale.
La transmission au taux hypothécaire fixe
Un écart croissant entre la Banque du Canada et la Fed joue contre le dollar canadien, et la devise a déjà réagi. Le huard a clôturé à 71,08 cents US le 22 septembre, contre 71,32 cents à la séance précédente, et se négocie près de ses plus bas niveaux depuis le début d’août. Un dollar plus faible fait grimper le coût des biens importés, ce qui alimente les mêmes données d’inflation que la Banque du Canada surveille déjà, du côté des droits de douane et maintenant aussi du côté de la devise.
Les droits de douane américains du 29 juillet, un prélèvement de 50 % sur environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes, et la riposte du Canada du 8 septembre, des droits de 15 % à 50 % sur une valeur semblable de produits américains, ajoutent un second canal inflationniste qui n’a rien à voir directement avec les taux d’intérêt. Entre les pressions sur les prix liées aux droits de douane et une devise plus faible, la Banque du Canada dispose de moins de marge que ne le laisserait croire le seul chiffre vigoureux du PIB du deuxième trimestre, et c’est l’argument que le Conseil de direction a fait valoir le 2 septembre pour maintenir son taux plutôt que de l’abaisser.
Rien de tout cela ne fait bouger à lui seul le rendement des obligations à cinq ans du gouvernement du Canada, mais cela en fixe la direction. Une banque centrale qui a moins de marge pour abaisser ses taux, une devise sous pression et une inflation toujours à 3,0 % laissent croire que les taux hypothécaires fixes resteront plus près de leurs niveaux actuels cet automne que ne l’aurait laissé supposer un solide PIB à lui seul. La décision du 28 octobre sera le prochain moment où cette direction sera mise à l’épreuve des nouvelles données.