Le brut WTI a clôturé sous les 90 $ le baril mercredi matin, prolongeant sa série de baisses à six séances consécutives et faisant reculer le prix de 14 % par rapport au sommet de 105,83 $ atteint le 15 septembre. L’effet direct sur un portefeuille canadien passe par le sous-indice de l’énergie du TSX, qui a tiré de l’arrière sur l’indice composé pendant la même période où l’ensemble du marché a atteint de nouveaux sommets grâce à la vigueur de la technologie et des métaux de base.
Comment un signal diplomatique atteint l’énergie du TSX
L’évolution des cours a un moteur identifiable : les opérateurs de marché intègrent au moins une ouverture diplomatique temporaire entre les États-Unis et l’Iran, ce qui réduit ce qu’on appelle la prime de menace liée au détroit d’Ormuz, soit le montant ajouté au prix du brut pour tenir compte du risque que l’Iran restreigne ou ferme le détroit par lequel transite environ le cinquième du pétrole acheminé par mer dans le monde.
Un second facteur, plus structurel, renforce le mouvement. L’Arabie saoudite se prépare à remettre en service son oléoduc Est-Ouest, une voie capable d’acheminer le brut de ses gisements de l’Est jusqu’aux terminaux d’exportation de la mer Rouge sans passer du tout par Ormuz. Les exportations saoudiennes se redressent aussi après les perturbations signalées la semaine précédente, et les données de l’API, qui font état d’une hausse de 1,8 million de barils des stocks de brut américains, renforcent l’idée que l’offre se desserre plutôt qu’elle ne se resserre.
L’évolution du prix sur les six dernières séances traduit directement ce virage.
Le WTI est passé de 83,40 $ le 28 août à un sommet de 105,83 $ le 15 septembre sur fond d’inquiétudes liées à l’approvisionnement par le détroit d’Ormuz, puis a reculé trois séances d’affilée jusqu’au 18 septembre à mesure que des signaux diplomatiques émergeaient. Source : Yahoo Finance.
Scénario de base et risque extrême
Le scénario de base, celui que le marché intègre actuellement, veut que les pourparlers renoués tiennent et que le contournement par l’oléoduc saoudien devienne une seconde voie durable, qui réduit structurellement l’effet que toute menace ponctuelle à Ormuz pourra avoir sur le prix à l’avenir. Dans ce cas, la prime accumulée entre le début et le milieu de septembre reste en grande partie hors du prix, et les actions énergétiques canadiennes s’installent dans une fourchette de négociation plus basse et plus calme que celle qui a produit la flambée de ce mois-ci.
Le risque extrême est plus limité, mais pas négligeable. Les ouvertures diplomatiques entre Washington et Téhéran se sont déjà enlisées sans avertissement, et la remise en service d’un oléoduc est un processus opérationnel, pas un fait accompli, sujet à ses propres retards. Rien n’a vraiment été réglé dans le différend de fond sur les inspections des navires iraniens ; le marché a bougé en prévision d’un règlement. Si cette attente s’inverse, la prime que le marché a passé la dernière semaine à retirer des cours pourrait revenir rapidement, et elle reviendrait dans un marché qui a déjà révisé à la baisse les actions énergétiques canadiennes en supposant qu’elle ne reviendrait pas.
Pour un conseiller canadien, la distinction pratique se situe entre les clients qui détiennent des positions énergétiques concentrées en croyant qu’un pétrole cher est la nouvelle normalité, et ceux qui comprennent que le calme actuel repose sur un processus diplomatique toujours en cours plutôt que conclu.