L’inflation globale au Canada s’est maintenue à 3,0 % en août pour un deuxième mois consécutif, mais ce chiffre cache deux histoires qui évoluent en sens opposé.

Le prix de l’essence, encore élevé en raison du conflit qui perturbe la navigation dans le détroit d’Ormuz, a grimpé de 22,8 % sur un an, un léger repli par rapport aux 25,7 % de juillet. Les coûts de transport dans leur ensemble ont progressé de 7,5 %, et les forfaits voyages ont bondi de 26,1 %. En mettant ces composantes volatiles de côté, l’IPC excluant l’essence a en fait accéléré, passant de 2,2 % en juillet à 2,4 %.

Ce que disent vraiment les mesures de l’inflation fondamentale

Les mesures de l’inflation fondamentale privilégiées par la Banque du Canada, l’IPC tronqué et l’IPC médian, se situent près de 2,0 %, proches de la cible de la Banque et à peine au-dessus. Ces mesures excluent les éléments volatils, dont l’essence et les voyages, qui font grimper le chiffre global.

Cette distinction explique précisément pourquoi la Banque a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre, un septième maintien consécutif après deux baisses d’un quart de point l’automne dernier, qui avaient ramené le taux de 2,75 %. Une banque centrale qui réagirait au seul chiffre global subirait des pressions pour resserrer. Une banque centrale qui lit les mesures fondamentales a la marge pour attendre.

Pourquoi la Banque compose avec deux risques à la fois

La déclaration de septembre a qualifié à la fois le conflit au Moyen-Orient et l’échec des pourparlers commerciaux avec les États-Unis de situations qui « demeurent fluides ». Cette formulation traduit un problème véritablement à deux volets. Les droits de douane et les prix élevés de l’énergie représentent un risque à la hausse pour l’inflation, le même risque qui se manifeste dans les composantes du transport et des voyages. En même temps, une guerre commerciale prolongée menace les dépenses de consommation, l’investissement des entreprises et les chiffres de l’emploi qui justifieraient une baisse. Le taux de chômage de juillet s’établissait à 6,4 %, déjà élevé pour ce stade du cycle.

Le taux directeur de la Banque n’a pas bougé depuis octobre, une pause que soutiennent les données sur l’inflation fondamentale, même si l’IPC global dérive au-dessus de la cible en raison des coûts de l’énergie et des voyages propres au contexte géopolitique de cette année.

TAUX CIBLE DU FINANCEMENT À UN JOUR DE LA BANQUE DU CANADA 2,25 % MAINTIEN x7 PAR DÉCISION  |  MARS 2025-SEPT. 2026
Source : annonces de taux directeur de la Banque du Canada, 2 sept. 2026.  |  hdq.ca

Le taux directeur s’est maintenu à 2,25 % pour un septième maintien consécutif, après avoir reculé de 2,75 % l’automne dernier, une pause que soutient la lecture de l’inflation fondamentale par la Banque même si l’IPC global se situe au-dessus de la cible. Source : Banque du Canada.

La transmission aux taux hypothécaires

Le maintien garde les taux hypothécaires variables ancrés, le taux variable sur cinq ans se négociant autour de 3,35 % cette semaine. Les taux fixes suivent le rendement obligataire plutôt que le taux à un jour directement, et les offres fixes sur cinq ans se situent près de 4,09 %, ayant bougé avec la volatilité du marché obligataire de la dernière semaine plutôt qu’avec quoi que ce soit fait par la Banque elle-même.

La prochaine décision tombe le 28 octobre. À moins d’un revirement marqué dans le dossier commercial ou d’une nouvelle poussée du pétrole, la plupart des économistes s’attendent à un huitième maintien consécutif, les mesures fondamentales continuant de dicter les termes du débat plutôt que le chiffre global.