Lorsque les Américains ont fini de voter le 3 novembre, quatre investisseurs sur dix avaient déjà agi en fonction du résultat. Une étude du Nationwide Retirement Institute publiée le 13 octobre révèle que 40 % des investisseurs américains sondés avaient modifié leur épargne-retraite ou leur portefeuille en prévision des élections de mi-mandat, dont 15 % qui avaient opté pour des placements plus prudents ou à risque plus faible et 13 % qui s’étaient diversifiés dans d’autres catégories d’actifs ou d’autres secteurs.

Le résultat est tombé pendant la nuit. Les démocrates ont pris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, selon les projections de CBS News et de CNN, et les contrats à terme sur actions américaines ont effacé leurs pertes initiales pour pointer à la hausse vers 5 h 30 mercredi. La séance de mardi avait été calme : le S&P 500 a gagné 0,36 % à 7 568,92, le Nasdaq Composite a progressé de 0,8 % à 25 372,01 et l’indice composé S&P/TSX a cédé 0,75 % à 35 532,28.

L’aversion aux pertes commence avant la perte

Kahneman et Tversky, dans leur article de 1979, ont montré que les gens accordent plus de poids à une perte potentielle qu’à un gain équivalent. Tversky et Kahneman ont établi le ratio à environ 2,25 dans leur suite de 1992. Une élection constitue un déclencheur presque parfait pour cette asymétrie : une date fixe, deux issues et un récit frappant de ce que le camp perdant risque de perdre.

Le sentiment n’attend pas le résultat. Nationwide a constaté que 56 % des investisseurs jugeaient que les élections de mi-mandat les rendaient plus anxieux et que 75 % croyaient que le résultat pouvait avoir une incidence importante sur leur plan financier à long terme. Près des trois quarts, soit 73 %, souhaitaient être conseillés sur les répercussions financières des élections.

Morgan Stanley Wealth Management a relevé une humeur semblable dans son sondage Investor Pulse du T4, mené du 1er au 23 octobre auprès de 953 investisseurs américains. Le pessimisme a atteint 42 %, en hausse de quatre points de pourcentage par rapport au T3, et 48 % s’inquiétaient de l’effet des élections de mi-mandat sur le marché boursier.

L’identité partisane colore les prévisions

Les données de Nationwide montrent aussi à quel point un même événement est lu différemment. Environ 76 % des répondants s’attendent à ce que les résultats aient de grandes répercussions sur l’économie si le parti qu’ils n’appuient pas l’emporte. Lorsque leur propre parti gagne, 62 % des républicains sondés ne prévoient aucune incidence économique, contre 46 % des démocrates.

Cet écart relève du raisonnement motivé : la prévision suit l’identité plutôt que les faits. Nationwide note que la confiance des consommateurs varie fortement selon les allégeances partisanes lorsque le pouvoir change de mains, même si la conjoncture économique n’a pas sensiblement bougé. L’optimisme tend à grimper chez les partisans du nouveau parti élu et à fléchir chez ceux du parti sortant. Une modification de portefeuille fondée sur cette prévision est une transaction fondée sur des sentiments à l’égard de l’autre camp.

L’anxiété était généralisée, mais le passage à l’acte l’était moins : 56 % se sentaient plus anxieux au sujet des élections de mi-mandat et 40 % avaient déjà modifié leurs avoirs, alors qu’aucun enjeu de politique publique n’était cité par plus de 42 % des répondants.

INVESTISSEURS AMÉRICAINS ET MI-MANDAT 2026 40 % ▼ 56 % PLUS ANXIEUX SONDAGE  |  13 OCT. 2026
Source : Nationwide Retirement Institute, sondage auprès des investisseurs, publié le 13 octobre 2026. Répondants américains.  |  hdq.ca

Le sondage porte sur des investisseurs américains, non canadiens, et a été publié trois semaines avant le vote du 3 novembre. Les rangées sur les politiques indiquent la part des répondants qui nomment chaque enjeu parmi les sujets qui les préoccupent à l’approche de novembre.

Le prix de l’action précoce selon la recherche

Barber et Odean ont suivi les comptes de ménages d’un grand courtier à escompte de 1991 à 1996 et ont publié les résultats dans le Journal of Finance en 2000 sous le titre Trading Is Hazardous to Your Wealth. Les ménages qui ont négocié le plus ont obtenu 11,4 % par an, alors que le marché a rapporté 17,9 %. Les auteurs ont désigné l’excès de confiance comme moteur de la négociation excessive.

Benartzi et Thaler ont décrit le mécanisme en 1995 sous le nom d’aversion myope aux pertes : plus les investisseurs évaluent souvent leur portefeuille, plus ils voient de pertes, et plus chacune pèse lourd. Un cycle de nouvelles axé sur les projections de la soirée électorale est une invitation à évaluer livrée toutes les quelques minutes.

Nationwide propose un contrepoids. Un livre blanc de Nationwide a révélé que la croissance annualisée des bénéfices de l’indice S&P 500 et celle de l’indice lui-même étaient presque identiques sur la période de 20 ans analysée. Dans le sondage de 2026, 63 % des professionnels de la finance ont affirmé que ne pas changer de stratégie en année électorale est la meilleure option, contre 52 % en 2024.

La lecture canadienne passe par le commerce

Ces sondages portent sur des investisseurs américains. Aucun chiffre canadien comparable n’a été publié cette semaine, et aucun n’est présumé ici. Les portefeuilles canadiens comportent néanmoins l’exposition aux actions américaines à laquelle ces répondants réagissaient, et le jour de l’élection a montré à quel point une seule date explique peu : le S&P 500 et le Nasdaq ont progressé alors que le TSX a reculé de 0,75 %, se retrouvant 2,0 % sous sa clôture du 28 octobre, à 36 265,09.

Le commerce et les droits de douane se sont classés au deuxième rang des préoccupations de politique américaine, à 36 %, derrière la réforme de la Sécurité sociale, à 42 %. Pour les investisseurs canadiens, c’est la voie par laquelle la politique de Washington arrive le plus directement. CBS News a rapporté que le président Trump a dit prévoir travailler avec les démocrates et recourir aussi à son droit de veto au besoin.

L’épreuve comportementale passe maintenant du vote aux jours qui suivent, quand l’anxiété qui a motivé la première vague de changements rencontre un résultat qu’aucun répondant ne pouvait connaître d’avance.