Le rapport sur l’emploi de vendredi a changé la signification du rebond du marché canadien cette semaine. L’indice composé S&P/TSX a clôturé à 35 789,09, en hausse de 183,82 points vendredi et d’environ 0,5 % sur la semaine. Pourtant, les données sous-jacentes du marché du travail ont donné aux investisseurs une image moins rassurante de la demande intérieure. Le Canada a perdu 4 700 emplois en octobre, un troisième recul mensuel consécutif, et le taux de chômage est monté à 6,7 %. Le soulagement du marché et la faiblesse de l’économie ne sont pas contradictoires : un marché de l’emploi plus mou peut réduire les attentes d’une nouvelle hausse de taux de la Banque du Canada, même s’il menace les revenus des ménages.
Le chiffre global masque un changement chez les employeurs
Statistique Canada a fait état d’une baisse de 53 000 employés du secteur privé, parallèlement à une hausse de 50 000 employés du secteur public. Ces variations se sont presque annulées dans l’ensemble, mais elles n’ont pas les mêmes répercussions sur l’investissement des entreprises et les recettes fiscales. L’emploi total est demeuré pratiquement inchangé en octobre, après des pertes de 68 000 en septembre et de 42 000 en août. Le taux d’emploi a glissé à 60,5 %, un troisième recul mensuel d’affilée. Sur douze mois, l’emploi n’a progressé que de 17 000, soit 0,1 %.
La faiblesse n’a pas été généralisée. Le commerce de gros et de détail a perdu 29 000 postes en octobre, tandis que la construction en a ajouté 16 000 et les services d’enseignement, 15 000. Le salaire horaire moyen a augmenté de 2,2 % sur un an pour atteindre 37,89 $, une progression plus lente que celle de 2,3 % de septembre. Aucune de ces lectures prise isolément ne prouve une récession, mais ensemble, elles laissent croire à un marché du travail qui ne crée plus un large coussin contre la hausse des coûts d’emprunt.
Un seul taux national, quinze réalités différentes
Les écarts entre les provinces comptent davantage que ne le laisse croire un chiffre unique du chômage à l’échelle du pays. Le taux s’établissait à 5,0 % au Manitoba, à 5,7 % au Québec, à 7,3 % en Ontario et à 7,3 % en Alberta. Terre-Neuve-et-Labrador se situait à 8,7 %. Le taux de l’Alberta a augmenté de 0,9 point de pourcentage en octobre, tandis que celui du Québec a reculé de 0,3 point. Un portefeuille de placements diversifié à l’échelle nationale ne signifie pas que l’exposition d’un ménage à l’emploi l’est aussi : le salaire, la valeur de la maison et les revenus d’une petite entreprise peuvent tous dépendre de la même économie régionale.
L’écart selon l’âge est encore plus marqué. Le taux de chômage des jeunes a atteint 13,7 %, contre 5,8 % chez les hommes de 25 à 54 ans, 5,3 % chez les femmes de 25 à 54 ans et 5,5 % chez les travailleurs de 55 ans et plus. Ces catégories reposent sur des populations de base différentes, de sorte que le graphique ci-dessous les présente comme des comparaisons plutôt que comme des composantes d’un total national.
Graphique : Le taux de chômage correspond à la proportion de la population active de chaque groupe qui est sans emploi et à la recherche active d’un emploi. Les onze premières barres représentent le taux national et les dix provinces ; les quatre dernières sont des comparaisons démographiques distinctes, et non des régions additionnelles. Toutes les valeurs sont désaisonnalisées.
Pourquoi la remontée de vendredi n’efface pas l’avertissement
Selon Reuters, le TSX a gagné 0,5 % vendredi, porté par les matériaux et la technologie, après la forte baisse de jeudi. Les matériaux ont progressé de 2,6 % dans la journée et de 11,4 % sur la semaine, tandis que la technologie a avancé de 1,8 % vendredi. Le même reportage situait le brut américain à 90,83 $ le baril, en forte baisse sur la semaine malgré une légère hausse vendredi. Le leadership boursier a donc reflété une réévaluation propre à certains secteurs, et non un franc vote de confiance envers les dépenses de consommation au Canada.
Le budget fédéral du 5 novembre brouille le contexte des politiques publiques. Ottawa a annoncé des projets d’investissement de capital majeurs et des mesures d’abordabilité, mais les dépenses et les incitatifs fiscaux proposés mettent du temps à influer sur l’emploi et ne sont pas l’équivalent d’un flux de trésorerie adopté et immédiatement disponible pour les ménages. TD Economics a observé vendredi que le faible rapport sur l’emploi remettait en cause les perspectives de croissance plus robustes de la Banque du Canada, tandis que le budget ne modifiait pas fondamentalement son calcul de politique. Aucune de ces interprétations ne garantit la décision de décembre.
Le test de fin de semaine du conseiller porte sur les flux de trésorerie, non sur l’orientation du marché
Les conseillers devraient distinguer trois expositions que les clients confondent souvent : la volatilité du portefeuille, l’interruption d’un revenu d’emploi ou d’entreprise et la révision du taux de la dette. Un client dont le salaire dépend de la demande du commerce de détail peut avoir besoin d’une réserve de liquidités différente de celle d’un retraité dont le revenu provient de prestations gouvernementales et d’une échelle d’obligations diversifiée. Un ménage plus jeune, avec une dette à taux variable et des perspectives d’emploi incertaines, présente une vulnérabilité différente de celle d’un propriétaire d’entreprise établi qui profite des exportations de ressources.
Pour la semaine à venir, la discussion concrète consiste à déterminer si les réserves d’urgence couvrent une période plausible d’interruption de revenu, si les échéances rapprochées obligent à des ventes forcées et si l’exposition du client aux actions se concentre involontairement dans les mêmes secteurs canadiens qui assurent sa subsistance. La remontée de l’indice vendredi ne répond pas à ces questions. Le message le plus utile de la semaine est qu’un marché de l’emploi plus faible peut soutenir les évaluations par l’entremise des attentes de taux d’intérêt tout en affaiblissant les revenus réels qui soutiennent, en fin de compte, les dépenses et les bénéfices.