L’or a franchi les 4 587 $ l’once vendredi, un troisième gain hebdomadaire consécutif, et ce chiffre en dit plus sur le TSX d’aujourd’hui que tout ce qui entoure l’échéance tarifaire Canada-États-Unis de ce soir. La véritable histoire de la semaine s’est déplacée vers le marché obligataire de Washington mercredi, et le conflit commercial d’Ottawa navigue désormais dans son sillage.
Le Trésor américain a annoncé mercredi qu’il allait au moins doubler ses rachats de titres à 10, 20 et 30 ans, une tentative de plafonner les coûts d’emprunt après que le rendement à 30 ans a atteint son plus haut niveau depuis 2007. L’or a bondi de plus de 4 % et le taux à 30 ans s’est détendu. Dès jeudi, le répit s’était inversé : le taux à 30 ans était revenu près de 5,25 %, les achats supplémentaires représentaient environ 14 milliards de dollars par trimestre sur un marché de 32 billions de dollars, et l’indice du dollar a glissé à un creux de trois mois. L’or a prolongé son gain de nouveau vendredi.
C’est cette faiblesse du dollar, et non l’échéance tarifaire, qui a fait bouger le TSX aujourd’hui. Le secteur des matériaux a grimpé de 2,7 % pour atteindre un sommet de cinq mois, porté par les aurifères, Lithium Americas, Ivanhoe Mines et Lundin Mining ayant chacun progressé de plus de 6 %. Ce qui distingue aujourd’hui de jeudi, c’est que le secteur financier s’est joint à la hausse au lieu de la freiner. Jeudi, la hausse des rendements avait fait reculer les cinq grandes banques de 1,2 % à 1,9 %. Vendredi, à une semaine des résultats trimestriels, elles ont grimpé aux côtés des aurifères. Un rallye assez large pour inclure à la fois la valeur refuge et les banques sensibles aux taux n’est pas le signe d’un marché qui se braque contre un choc commercial de minuit. C’est le signe d’un marché qui intègre un problème de crédibilité américain, favorable à l’or et seulement légèrement défavorable au dollar canadien.
Le mois de l’or illustre bien ce point : une progression constante à partir d’un peu plus de 4 000 $ en début août, puis un bond supplémentaire à l’annonce des rachats, un gain qui ne s’est pas effacé depuis.
L’annonce de rachats du 19 août a brièvement fait reculer les rendements du Trésor, et l’or n’a pas cédé le terrain gagné ce jour-là. La clôture de vendredi prolonge la série à un troisième gain hebdomadaire consécutif.
Pourquoi un écart de taux qui se resserre est un signal plus important pour le 2 septembre que la prime du détroit d’Ormuz
Le cadrage du 2 septembre ce mois-ci s’est concentré sur l’inflation importée liée à l’énergie, découlant de l’impasse au détroit d’Ormuz. Ce cadrage tient toujours, mais un second signal, concurrent, est apparu cette semaine et pointe dans la direction opposée. L’obligation du gouvernement du Canada à 10 ans se situe près de 3,68 %, tout juste sous le sommet de deux mois de 3,72 % atteint le 10 août, ce qui ressemble à une confirmation du scénario d’inflation importée. Sauf que le dollar canadien s’est raffermi pendant la même période, clôturant à 1,3764 $ US vendredi, alors même que les rendements américains à long terme ont grimpé à un sommet de 19 ans et que l’or s’est envolé. Une hausse des rendements mondiaux accompagnée d’un dollar canadien plus fort ne correspond pas à une crainte inflationniste propre au Canada. Cela correspond à un problème de crédibilité propre aux États-Unis, dont le huard profite, pour l’instant, du bon côté.
Cette distinction compte pour ce que Macklem soupèse en vue du 2 septembre. Si une partie de la pression sur les rendements ce mois-ci relève de la situation budgétaire de Washington plutôt que de la demande canadienne, le canal d’inflation importée contre lequel il doit se prémunir est plus faible que ne le laisse croire le seul rendement de l’obligation du gouvernement du Canada. Cela n’efface pas la prime du détroit d’Ormuz logée dans le WTI. Cela signifie que les deux forces ne tirent plus dans la même direction, et qu’une décision de taux fondée uniquement sur le canal énergétique ne lirait que la moitié du signal.
L’annonce de rachats du 19 août a coïncidé avec la plus forte baisse en une seule séance de la série. Le huard a conservé l’essentiel de ce mouvement plutôt que de le reprendre.
L’échéance qui compte, c’est lundi, pas minuit
LeBlanc et Greer finalisent toujours la paperasse d’une entente que les deux parties ont qualifiée d’accord de principe il y a quelques jours, couvrant l’acier, l’aluminium, le bois d’œuvre, l’automobile et l’accès aux produits laitiers. La séance d’aujourd’hui a interprété cela comme une formalité : le secteur financier s’est joint aux aurifères au lieu de s’en couvrir, ce qui ne s’était pas produit mardi, lorsque l’échéance initiale se profilait et que le TSX avait chuté de près de 300 points. Un marché qui hausse les épaules devant un couperet de minuit vous dit qu’il s’attend à de la paperasse, pas à une rupture.
Le véritable risque se situe de l’autre côté de la fin de semaine. Le TSX ne négocie pas le samedi ni le dimanche pour absorber les nouvelles, et les deux dossiers actifs, le texte tarifaire et le problème de crédibilité du Trésor, demeurent non résolus à l’entrée de celle-ci. Une signature nette élimine un risque et laisse le marché obligataire ouvert. Une surprise de fin de semaine sur l’un ou l’autre front bouleversera les prix à l’ouverture de lundi avant même que les conseillers aient la chance d’en parler à leurs clients.