Mercredi, le Trésor américain a tenté quelque chose d’explicite : élargir son programme de rachat d’obligations à long terme pour freiner directement les coûts d’emprunt. Dès jeudi, cette intervention s’était déjà renversée sur le marché obligataire. Les conseillers canadiens qui voulaient savoir qui, du Trésor ou du marché obligataire, l’avait emporté cette semaine ont eu leur réponse dans les mouvements de l’or et du pétrole qui ont suivi, une réponse qui touche directement la décision de la Banque du Canada le 2 septembre.

Une solution de rechange à l’enchère de dette qui n’a pas tenu

Le rendement du Trésor américain à 30 ans a clôturé à 5,25 % le 14 août et a grimpé à 5,31 % le 17 août, touchant en cours de séance un sommet de 19 ans près de 5,33 % le 18 août, alors que la dette nationale américaine franchissait pour la première fois les 40 000 milliards de dollars. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a ensuite déclaré que l’opération de rachat d’obligations du département pourrait dépasser 4 milliards de dollars par émission, et le rendement à 30 ans est tombé à 5,19 % le jour de l’annonce.

Le répit n’a pas duré. Dès jeudi, le rendement était remonté à 5,23 %, et à la clôture de vendredi, il se situait à 5,27 %, essentiellement au niveau où la semaine avait commencé. Un outil conçu pour plafonner les coûts d’emprunt à long terme n’a tenu qu’une seule séance.

L’or a gardé le gain que les rendements ont redonné

Le prix de règlement quotidien de l’or est passé de 4 076,40 $ le 21 juillet à 4 661,60 $ vendredi, une avance mensuelle d’environ 14,4 % qui s’est nettement accélérée la semaine de l’annonce du rachat. Le métal a bondi de 2,82 % le jour du dévoilement du rachat et a continué de grimper même après que le rendement à 30 ans eut complètement renversé sa trajectoire.

OR, CONTRATS À TERME CONTINUS COMEX 4 661,60 $ ▲ +5,1 % SEM QUOTIDIEN  |  21 JUILL. AU 21 AOÛT 2026
Source : données de règlement quotidien d’Investing.com, 21 août 2026.  |  hdq.ca

L’or a conservé son gain du 19 août même après que le rendement du Trésor à 30 ans est complètement revenu à son niveau d’avant le rachat vendredi. Source : Investing.com.

Cette divergence est révélatrice. Un renversement de rendement sur une semaine n’a pas réglé ce que l’or intègre dans son prix. Le métal traite le rachat comme la preuve d’un problème d’emprunt structurel plutôt que comme une solution de politique, et il n’a pas révisé cette lecture même si le marché obligataire, lui, l’a fait.

Deux remontées, deux histoires qui ne s’annulent pas

Le WTI a clôturé à 86,30 $ vendredi et le Brent à 93,40 $, tous deux en hausse sur la semaine pour une deuxième avance hebdomadaire consécutive, mais pour une raison sans lien avec le mouvement de l’or. Les États-Unis préparent de vastes nouvelles sanctions économiques contre l’Iran, et les espoirs d’une réouverture à court terme du détroit d’Ormuz se sont affaiblis au cours de la semaine.

Un signal de crédibilité budgétaire et un signal de choc d’approvisionnement ont fait grimper les produits de base en même temps, pour des raisons sans lien entre elles. Cela signifie que la lecture de l’inflation à l’approche de septembre comporte deux risques distincts qui se superposent, et non un seul.

La semaine stable du TSX cachait une scission entre les minières et les banques

L’indice composé S&P/TSX a clôturé à 36 620,23 vendredi, en hausse de 0,70 % sur la journée, mais en baisse d’environ 0,30 % sur la semaine par rapport à la clôture de 36 730,27 du vendredi précédent. Le secteur des matériaux a bondi de 2,7 % vendredi seulement, un sommet de cinq mois, les minières aurifères suivant la hausse du lingot. Les grandes financières ont aussi progressé avant la période des résultats bancaires la semaine prochaine, mais l’indice élargi a absorbé une partie de la tension du même stress sur le marché du Trésor, qui a aussi fait grimper par sympathie les rendements des obligations du gouvernement du Canada.

Le rendement des obligations du Canada à 10 ans a clôturé à 3,76 % vendredi, son plus haut niveau depuis mai 2024, suivant le mouvement américain plutôt que de refléter un changement dans les propres perspectives de la Banque du Canada.

Le CAD s’est renforcé pour une raison qui n’a rien à voir avec le Canada

Le USD/CAD est tombé à 1,3764, la troisième hausse hebdomadaire consécutive du dollar canadien, mais le moteur était surtout américain. Les ventes au détail américaines ont chuté en juillet dans leur plus forte baisse en plus d’un an, tandis que l’économie canadienne aurait progressé à un rythme annualisé de 3,4 % au deuxième trimestre, au-dessus de la prévision de 2,5 % de la Banque du Canada, et l’emploi a augmenté de 75 100 postes en juillet, contre une estimation de 15 000. L’écart de rendement s’est resserré parce que les données américaines ont déçu, et non parce que les données canadiennes ont forcé une révision plus ferme.

POINTAGE HEBDOMADAIRE : TSX, ACTIONS AMÉRICAINES, PRODUITS DE BASE, CAD +6,6 % ▲ WTI EN TÊTE HEBDOMADAIRE  |  17 AU 21 AOÛT 2026
Source : TSX, Investing.com, MTFX, données de clôture hebdomadaire, semaine terminée le 21 août 2026.  |  hdq.ca

Le CAD est présenté du côté devise du USD/CAD, de sorte qu’une valeur positive signifie que le huard s’est renforcé face au dollar américain au cours de la semaine. Source : TSX, Investing.com, MTFX.

Ce qui change avant le 2 septembre

La semaine à venir porte le risque calendaire auquel les mouvements de prix de cette semaine réagissaient déjà par anticipation. L’indice des prix PCE de juillet et les résultats de Nvidia tombent mercredi, le symposium de Jackson Hole de la Réserve fédérale s’ouvre jeudi, et le président de la Fed Kevin Warsh prononce son premier discours à Jackson Hole à titre de président vendredi, le 28 août, trois jours de bourse avant la décision de taux de la Banque du Canada le 2 septembre.

Cette séquence donne à la Banque du Canada un renseignement que les marchés de cette semaine n’ont pas encore intégré dans les prix : la propre lecture de Warsh sur la direction que prendra la politique de la Fed à partir de maintenant. Qu’il valide la version du marché obligataire de cette semaine (les rendements se stabilisent près de sommets pluriannuels et le rachat n’était qu’un geste ponctuel) ou la version du marché de l’or (l’histoire de la dette est structurelle et ce n’était que le premier de plusieurs rachats) est la divergence à surveiller d’ici le 2 septembre, plus que la prochaine manchette quotidienne sur le pétrole.