La Banque du Canada se réunit demain pour décider si elle maintient le taux du financement à un jour à 2,25 % pour une sixième fois consécutive, et le marché obligataire a déjà indiqué aux clients en renouvellement hypothécaire ce que cette décision ne fera pas pour eux.

Le rendement de l’obligation du gouvernement du Canada à 10 ans a clôturé à 3,75 % mardi, son plus haut niveau depuis le début du mois d’août, progressant dans la foulée d’un repli obligataire souverain mondial qui a poussé le taux du Trésor américain à 10 ans à 4,79 %, son plus haut niveau depuis janvier 2025. Le 10 ans japonais a touché 3 % pour la première fois depuis 1996. Le 10 ans allemand a atteint un sommet en 15 ans, à un niveau semblable. Rien de tout cela n’est attribuable à ce que la Banque du Canada devrait faire mercredi. C’est plutôt l’anxiété inflationniste liée au pétrole et le creusement du déficit budgétaire américain, dont la dette en circulation dépasse maintenant 40 000 milliards de dollars US, qui repositionnent la dette souveraine partout à la fois, entraînant la courbe canadienne dans leur sillage.

GOC 10 ANS : RENDEMENT DE L’OBLIGATION DU GOUVERNEMENT DU CANADA À 10 ANS 3,75 % ▲ +2 PB QUOTIDIEN  |  10 AOÛT AU 1ER SEPT. 2026
Source : Banque du Canada, Investing.com, La Presse Canadienne.  |  hdq.ca

Le creux du 25 août a coïncidé avec un bref optimisme entourant la diplomatie autour du détroit d’Ormuz. La remontée depuis reflète les frappes de fin de semaine sur l’île de Larak et un repli obligataire souverain mondial qui a poussé le rendement à son plus haut niveau de clôture depuis le début du mois d’août.

Pourquoi un statu quo demain ne changera rien au chiffre qui compte

Un taux directeur maintenu est une histoire qui concerne le court terme de la courbe. Les rendements des obligations du gouvernement du Canada à 5 et 10 ans, ceux qui déterminent réellement les taux hypothécaires fixes au renouvellement, ont bougé de leur propre chef mardi, le 5 ans progressant d’environ un point de pourcentage complet en variation quotidienne, aux côtés du 10 ans. Les deux suivent le même repositionnement mondial de la prime de terme qui pousse les Treasuries, et non un élément propre à la croissance ou à l’inflation canadienne.

Cela importe parce que l’angle retenu par la salle des marchés toute la semaine a présenté la décision de mercredi comme un enjeu domestique reposant sur de solides résultats canadiens du PIB et de l’emploi. Cet angle n’a rien de faux quant au taux directeur lui-même. Il est incomplet quant à ce que le taux directeur peut corriger. Un statu quo confirme que la Banque ne voit pas la nécessité de refroidir une économie résiliente. Il ne fait rien pour freiner un long terme qui se détermine autant à Washington, à Tokyo et à Francfort qu’à Ottawa.

TOUS ACTIFS : VARIATION DE LA SÉANCE WTI +2,6 % ▲ VALEUR ABERRANTE CLÔTURE DU 1ER SEPT. 2026  |  7 MARCHÉS
Source : Banque du Canada, Investing.com, La Presse Canadienne.  |  hdq.ca

Les chiffres du dollar canadien et du TSX reflètent la clôture de 16 h à Toronto. Les chiffres du WTI, de l’or et des indices américains reflètent les niveaux de règlement de la même séance, rapportés par La Presse Canadienne et l’Associated Press.

Le huard et le TSX ont oublié de lire la manchette pétrolière

Le WTI a clôturé à 88,03 $ mardi, en hausse de 2,6 % sur la séance, alors que les frappes de fin de semaine sur l’île de Larak et l’interception d’un drone iranien au-dessus des eaux émiraties ont maintenu le risque élevé dans le détroit d’Ormuz. Le Brent a gagné 1,7 % à 92 $. En temps normal, un mouvement de cette ampleur pour le brut est sans équivoque une bonne nouvelle pour le dollar canadien et le TSX. Mardi, ce ne fut pas le cas.

Le huard s’est affaibli à 71,91 cents US, contre 72,12, et l’indice composé S&P/TSX a reculé de 1,34 %, sa pire séance depuis plus d’une semaine, les matériaux, l’immobilier et la technologie menant le repli, tandis que l’énergie était le seul secteur à tenir bon face à la baisse généralisée. Le décalage reprend celui du marché obligataire : une devise et un indice boursier bâtis sur des secteurs sensibles aux taux et une pondération immobilière liée au logement ne peuvent faire abstraction d’un Trésor américain à 10 ans à 4,79 % et d’un équivalent canadien à 3,75 % simplement parce que le baril de pétrole sous-jacent est devenu plus cher. La corrélation avec la pétromonnaie ne s’est pas rompue. Elle a été supplantée par une corrélation plus forte.

Les conseillers qui recevront des appels demain, après un statu quo largement attendu, ne devraient pas laisser la manchette se lire comme un soulagement. Le calcul du mur de renouvellement n’a pas été allégé mardi, et l’exposition de change dans les portefeuilles mondialement diversifiés n’a pas été apaisée. Les deux sont déterminés par un repositionnement amorcé bien à l’extérieur du Canada et qui n’est pas terminé.