La Banque du Canada maintiendra son taux directeur à 2,25 % mercredi, selon les 35 économistes sondés par Reuters au cours de la semaine du 24 août. Les marchés obligataires sont du même avis : la tarification des contrats à terme n’accorde qu’une probabilité de 3 % à une hausse. Il s’agirait de la septième pause consécutive, la plus longue période de politique inchangée depuis que la Banque a commencé à réduire son taux à partir de 5,00 % en juin 2024.
L’argument en faveur d’une pause n’équivaut pas à un argument de confort. L’Indice des prix à la consommation de juillet s’est établi à 3,0 % sur douze mois, en hausse par rapport à 2,8 % en juin, alors que la guerre commerciale grandissante entre le Canada et les États-Unis menace en même temps le volet croissance du mandat. On demande à la Banque de combattre l’inflation et de soutenir la croissance avec un seul et même outil, dans des directions opposées.
La guerre commerciale fait la moitié du travail de la Banque
Doug Porter, économiste en chef de BMO, a résumé directement ce dilemme : « La guerre commerciale assombrit réellement les perspectives de croissance. Tant que ce n’est pas réglé, je pense que c’est vraiment ce sur quoi ils doivent se concentrer, en priorité. » Des perspectives de croissance plus faibles inciteraient normalement la Banque à réduire son taux, et non à faire une pause.
Ce qui maintient la Banque en pause plutôt que de la pousser à réduire son taux, c’est le volet inflation du même portrait. Les mesures fondamentales, qui excluent les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie, se sont établies à 1,9 % sur douze mois en juillet, confortablement à l’intérieur de la cible. Mais l’IPC global à 3,0 % est le chiffre auquel réagissent les ménages et les négociations salariales, et il a évolué dans la mauvaise direction pendant deux mois consécutifs.
Deux banques voient les choses différemment
La Banque Nationale et la Banque Scotia se sont écartées du consensus, prévoyant que la Banque haussera son taux à 2,50 % en octobre et à 2,75 % d’ici la fin de l’année, un point de vue qu’aucune autre grande banque canadienne ne partage. Leur argument repose sur les mêmes données d’IPC que tout le monde observe : si l’inflation globale continue de grimper alors que le marché du travail tient bon, le mandat d’inflation de la Banque pourrait la forcer à agir, malgré le frein qu’exerce la guerre commerciale sur la croissance.
Il s’agit d’un point de vue minoritaire, non du scénario de base. Mais c’est le genre de dissidence qui mérite d’être suivie, car elle identifie le point de données précis, une nouvelle surprise à la hausse de l’IPC dans les données d’août ou de septembre, qui forcerait le consensus à bouger.
Le graphique ci-dessous retrace le taux directeur à travers chaque décision depuis le début du cycle de baisses, et montre à quel point six pauses consécutives sont inhabituelles au regard de cette histoire récente.
Neuf baisses de taux consécutives entre juin 2024 et octobre 2025 ont fait passer le taux directeur de 5,00 % à 2,25 %. La Banque a maintenu ce niveau pendant six réunions depuis octobre 2025.
Le mur des renouvellements hypothécaires face à une trajectoire de taux immobile
Environ le tiers des détenteurs d’hypothèque canadiens doivent renouveler d’ici la fin de 2026, la plupart ayant contracté des termes de cinq ans pendant la période de taux bas de 2020-2021. Jamie David, de Ratehub, a souligné qu’un conflit commercial prolongé qui affaiblit l’économie pourrait faire baisser les rendements obligataires, et par conséquent les taux hypothécaires fixes, à mesure que les craintes de récession s’intensifient, même sans baisse de taux de la Banque du Canada.
C’est ce mécanisme qu’il vaut la peine de surveiller de plus près que le taux directeur lui-même cette semaine. La tarification des hypothèques fixes de cinq ans suit les rendements obligataires du gouvernement du Canada à cinq ans, et non le taux directeur directement, et ces rendements peuvent bouger selon les attentes liées à la guerre commerciale et à la récession bien avant que la Banque ne modifie son propre taux.
Une pause mercredi maintient les hypothèques à taux variable exactement où elles sont. Elle ne règle pas la question de savoir si les taux fixes dériveront à la baisse en raison des craintes de croissance liées à la guerre commerciale, ou à la hausse en raison des mêmes données d’inflation qui poussent la Banque Nationale et la Banque Scotia à prévoir une hausse. Les deux scénarios demeurent possibles, et ils pointent dans des directions opposées pour le mur des renouvellements.