Le brut West Texas Intermediate a franchi les 100 $ le baril jeudi, une première depuis mai, et en milieu de matinée, l’indice composé S&P/TSX perdait près de 300 points sur ce mouvement. C’est l’histoire que reprennent tous les médias aujourd’hui. Ce n’est pas celle qui compte le plus pour demain matin.
Le chiffre le plus déterminant se trouve deux paragraphes plus loin dans la couverture obligataire : le rendement des obligations à 10 ans du gouvernement du Canada a bondi de 5,6 points de base pour atteindre 3,904 %, un nouveau sommet en plus de deux ans. Depuis deux séances, cette hausse des rendements s’expliquait presque entièrement par les tarifs de rétorsion du Canada, le train de mesures de 27,6 milliards de dollars entré en vigueur cette semaine, qui exerce une pression à la hausse sur les attentes d’inflation intérieure. Le mouvement d’aujourd’hui rompt ce schéma. Reuters et Investing.com présentent tous deux la hausse de jeudi comme faisant partie d’une vente massive mondiale d’obligations, qui a frappé les bons du Trésor américain au même moment et pour une raison distincte : le propre plan de rachat de titres de dette du Trésor américain, allant jusqu’à 6 milliards de dollars en obligations de 10 à 20 ans, est ressorti sous les attentes de certains analystes, un signal lié à l’offre qui a ébranlé la duration partout où elle se négocie, y compris au Canada.
Pourquoi le récit tarifaire n’explique plus le récit des rendements
Cela importe parce que l’analyse du bureau Économie des deux dernières séances, selon laquelle les rendements canadiens intègrent le risque commercial Ottawa-Washington, ne survit que partiellement à la clôture d’aujourd’hui. Une partie des 5,6 points de base de jeudi correspond véritablement à une réévaluation mondiale de la prime de terme, sans lien avec le différend tarifaire, et se serait produite pour les obligations canadiennes peu importe la suite des événements entre Ottawa et Washington. Cette portion ne s’effacera pas si le différend commercial s’apaise. Il s’agit d’un événement de plomberie du marché obligataire, non d’un événement lié aux attentes d’inflation.
Cette distinction est rattachée à une date précise. L’IPC américain de vendredi est la donnée que surveillent les marchés en vue de la décision de la Réserve fédérale du 16 septembre la semaine prochaine, où CME FedWatch accorde actuellement une probabilité d’environ 60 % à une hausse de taux sous la présidence de Kevin Warsh. Les données sur les prix à la production de jeudi sont ressorties exactement au consensus de 0,4 %, sans surprise dans un sens ou dans l’autre. Si l’IPC de vendredi ressort lui aussi faible et que la Fed penche pour un maintien des taux, les conseillers devraient s’attendre à ce que les rendements canadiens ne se détendent que partiellement. La portion attribuable au rachat de titres dans le mouvement d’aujourd’hui est persistante. Un IPC faible résout la moitié liée aux attentes d’inflation de la hausse des rendements de jeudi. Il ne résout pas la moitié liée à l’offre.
Le huard qui aurait dû bouger et n’a pas bougé
Un second signal se trouve du côté du marché des changes. Le dollar canadien s’est négocié stable près de 1,381 par rapport au dollar américain jeudi, essentiellement inchangé par rapport à mercredi. Cette immobilité ne signifie pas l’absence de pression. Ce sont deux pressions qui s’annulent. Un écart de rendement grandissant entre le Canada et les États-Unis et un différend commercial qui s’aggrave affaibliraient chacun le huard de façon indépendante. Les deux étaient présents jeudi. Ce qui les a compensés, c’est le pétrole franchissant les 100 $ sur les deux référentiels, le WTI et le Brent, au même moment, une confirmation à deux référentiels de la prime de risque qui a donné aux termes de l’échange pétroliers du Canada un vent favorable presque parfaitement équivalent.
La lecture pratique pour demain : le calme du CAD ne signifie pas que les pressions de jeudi étaient légères. Il signifie plutôt qu’elles étaient importantes et qu’elles se sont compensées. Si le pétrole recule sous les 100 $ à la faveur d’un titre annonçant une désescalade pendant que la vente massive mondiale d’obligations persiste, ou si l’IPC de vendredi déclenche un rallye des bons du Trésor mené par la Fed que le risque d’inflation tarifaire du Canada ne suit pas, les deux forces qui maintiennent le CAD en place cesseront d’évoluer ensemble. C’est le scénario dans lequel le prochain mouvement du huard sera plus important que ne le laisse croire la variation quasi nulle de jeudi, dans un sens comme dans l’autre.
Le mouvement du WTI au-delà des 100 $ se trouve en tête du tableau ci-dessous, le plus important mouvement sur une seule séance, et de loin.
La montée du 20 août au 10 septembre est passée du segment attribuable aux tarifs à la vente massive mondiale d’obligations distincte d’aujourd’hui, le jour où les deux mécanismes sont devenus visibles comme des forces distinctes plutôt que comme un seul récit.
Comparée à cinq autres actifs, la séance de jeudi montre l’énergie en tête de peloton, tandis que les actions, l’or et les rendements reflètent tous, sous un angle différent, le même récit sous-jacent de réévaluation des taux.
Le WTI a devancé tous les actifs du tableau, tandis que l’or est allé à contre-courant du scénario géopolitique, reculant au lieu de s’apprécier comme couverture en temps de guerre.