Le pétrole brut a clôturé la semaine juste au-dessus de 100 dollars US le baril, environ 25 % de plus qu’à la mi-août, conséquence d’une guerre des pétroliers entre les États-Unis et l’Iran qui dure maintenant depuis plus de six mois dans le détroit d’Ormuz. Cinq jours de couverture de HDQ ont traité ce seul fait sous cinq angles différents : une décision de taux, une énigme monétaire, un avertissement psychologique, une fenêtre de planification fiscale et un marché qui a refusé de suivre le secteur que tout le monde s’attendait à le voir soutenir. Pris ensemble, les cinq angles décrivent quelque chose qu’aucun d’eux ne montrait à lui seul. Le même baril de pétrole pousse maintenant la Banque du Canada et la Réserve fédérale vers des trajectoires de politique monétaire opposées, et il éloigne le TSX de son propre secteur de l’énergie plutôt que de l’y rapprocher.
Deux banques centrales, deux lectures du même baril
La Banque du Canada a maintenu son taux du financement à un jour à 2,25 % le 2 septembre, soit la septième pause consécutive de ce cycle. Une déclaration du gouverneur Tiff Macklem a qualifié l’inflation attribuable à l’essence de risque plutôt que d’urgence, avertissant que « plus les prix élevés du pétrole et les marges de raffinage élevées persistent, plus le risque de propagation aux prix des autres biens et services augmente ». L’inflation globale tournait déjà près de 3 %. Les mesures de l’inflation fondamentale suivies séparément par la Banque sont restées plus près de la cible.
Deux jours plus tard, un rapport sur l’emploi montrant que le Canada avait perdu 42 000 emplois en août, avec une croissance salariale ralentissant à son rythme le plus faible depuis 2017, a donné à la Banque un second signal, contradictoire celui-là. Une croissance salariale à son plus bas en neuf ans plaide pour un taux plus bas. Une inflation globale à 3 % attribuable à la même guerre des pétroliers qui fait grimper les prix de l’essence plaide en sens contraire. Le pupitre Économie de HDQ a qualifié cela de lecture la plus difficile du cycle, et la pause du 2 septembre traduit une banque qui choisit la prudence plutôt que l’engagement envers une trajectoire de taux.
La Réserve fédérale lit le même baril et arrive à une conclusion à peu près opposée. Un rapport sur l’emploi américain d’août nettement supérieur aux attentes a fait grimper à 60 % les probabilités que la Fed relève ses taux dans les jours suivants, puis à environ 70 % d’ici la fin de la semaine, à l’approche de la décision du 16 septembre. Il y a douze mois, les deux banques centrales abaissaient leurs taux presque au même rythme. Cette semaine, un choc pétrolier que les deux banques centrales observent chacune à travers son propre canal d’inflation intérieure pousse l’une vers une pause et l’autre vers une hausse.
Le WTI a grimpé lors de neuf de ses dix dernières séances, son mouvement quotidien le plus marqué étant survenu le lendemain de frappes des forces houthies alliées à l’Iran contre trois installations d’Aramco en Arabie saoudite, le 9 septembre.
La montée du WTI de 82,17 $ US le 12 août à 100,05 $ US le 11 septembre traduit l’escalade d’un différend sur le point de passage d’Ormuz à des frappes directes contre les infrastructures d’approvisionnement saoudiennes. Source : Investing.com, données de règlement quotidien.
Pourquoi le TSX a reculé alors que le secteur censé profiter du pétrole continuait de grimper
Mardi, la montée du WTI vers 94 dollars US a placé les titres énergétiques canadiens du bon côté de deux histoires à la fois, selon la couverture du pupitre Marchés de HDQ : une hausse du prix du pétrole et un affaiblissement des contrats à terme sur les actions américaines. Cette relation ne s’est pas maintenue pour le reste de la semaine.
Jeudi, l’indice composé du TSX avait reculé lors de quatre de ses cinq séances précédentes, clôturant à 35 906,56 points, en baisse de 0,6 %, alors même que le même rallye pétrolier se poursuivait. Vendredi a prolongé cette tendance. L’indice a clôturé à 35 616,77 points, en baisse de 0,81 % et à un creux de six semaines, une menace américaine visant l’approvisionnement des sociétés canadiennes d’ingénierie et d’infrastructure ayant pesé plus lourd qu’un baril de pétrole se négociant au-dessus de 100 dollars US. Sur une semaine, l’indice recule d’environ 2,5 % par rapport à la clôture de la semaine précédente de 36 513,80 points.
La leçon n’est pas que le pétrole a cessé d’importer pour les actions canadiennes. C’est qu’un second choc, sans lien avec le premier, un différend commercial et d’approvisionnement venu se superposer à la guerre des pétroliers, est maintenant assez important pour renverser la corrélation entre le prix du pétrole et le TSX qui s’est maintenue pendant la majeure partie de ce conflit de six mois. Un conseiller à qui un client demande pourquoi les titres énergétiques montent alors que l’ensemble du portefeuille recule a besoin de l’histoire tarifaire, pas de l’histoire pétrolière, pour répondre avec exactitude.
Le dollar canadien et le baromètre de la peur réagissent tous deux trop peu
Trois articles distincts de HDQ cette semaine, publiés sur trois jours différents, ont fait la même observation sur le dollar canadien sans d’abord établir de lien entre eux. Il ne bouge pas comme devrait le faire une hausse de 25 % du prix du pétrole. La couverture Géopolitique du 8 septembre a retracé le mécanisme reliant une attaque de pétrolier dans le détroit d’Ormuz aux marchés des changes canadiens. La couverture du pupitre Marchés du 9 septembre a noté que les rendements des obligations du gouvernement du Canada avaient évolué au rythme d’un repli boursier à Wall Street, alors que le dollar s’est tout de même raffermi. La couverture Géopolitique du 10 septembre a désigné directement cette réaction atténuée, plutôt que le prix du pétrole lui-même, comme le signal à surveiller.
Le pupitre Comportement a passé la même semaine à décrire un décalage parallèle dans la psychologie des investisseurs. Un sondage sur le sentiment de l’AAII publié le 9 septembre montrait des lectures haussières et baissières toutes deux supérieures à leur moyenne historique en même temps. Le 10 septembre, le pupitre a averti que le biais de récence poussait les clients vers le rallye énergétique à un point d’entrée défavorable, citant des travaux de Barber et Odean sur le coût de la poursuite de la performance récente. Le 11 septembre, une hausse du VIX étalée sur quatre semaines s’était produite sans l’anxiété des investisseurs qui accompagne normalement une volatilité croissante, un schéma que le pupitre a qualifié de signal d’alarme plutôt que de réconfort.
Pris séparément, un dollar calme et un VIX calme ressemblent tous deux à de l’accalmie. Pris ensemble, dans une semaine qui vient de forcer la Banque du Canada et la Réserve fédérale vers leur plus grand écart de politique monétaire en un an, ils décrivent un marché qui n’a pas encore intégré l’ampleur de ce qui se passe sous la surface. Cet écart, plus que le niveau d’un seul chiffre, est ce qui se répercute sur la décision de la Réserve fédérale du 16 septembre et sur la prochaine rencontre de la Banque du Canada en octobre.