La Réserve fédérale et la Banque du Canada ont examiné ce mois-ci le même problème d’inflation liée à l’énergie et sont arrivées à des conclusions opposées quant à sa durée. Jeudi a mis un prix sur ce désaccord, et l’évolution des marchés a donné raison à la banque centrale qui n’a pas bougé.
Une formule abandonnée, un constat publié
Mercredi, la Fed a relevé sa fourchette cible de 25 points de base, à 3,75 % à 4,00 %, sa première hausse depuis juillet 2023. Les stratèges ont relevé un changement précis dans le communiqué qui accompagnait la décision : la formule qui attribuait auparavant la fermeté de l’inflation à un choc d’offre lié aux prix de l’énergie avait disparu. Le communiqué de septembre qualifiait désormais la croissance des prix de simplement élevée. Ce n’est pas un hasard de formulation. Parler d’un choc d’offre suppose qu’il finit par passer. Parler d’une inflation élevée suppose qu’elle ne se résorbe pas d’elle-même.
Le même jour, la Banque du Canada a publié le compte rendu de sa décision du 2 septembre de maintenir son taux à 2,25 %. Les membres du Conseil de direction avaient examiné le même facteur, la hausse des prix de l’essence attribuable au conflit touchant l’Iran, et sont arrivés à un constat plus restreint : peu d’indices d’une propagation généralisée de la hausse des prix de l’énergie aux autres biens et services au Canada. Le conseil a indiqué qu’il agirait au moyen de plusieurs hausses si cette propagation se manifestait. Elle ne s’est pas encore manifestée, selon sa propre analyse.
Deux banques centrales, un même choc énergétique, et une divergence le même jour sur la façon de le nommer. La Fed l’a jugé assez durable pour justifier une hausse. La Banque du Canada l’a jugé encore suffisamment contenu pour justifier d’attendre des preuves qui ne figuraient pas dans les données qu’elle avait examinées trois jours plus tôt.
Le choc lui-même s’est mis à se résorber dès le matin
Le Brent a reculé de 1,69 % jeudi, à 104,04 $ US, et le West Texas Intermediate a cédé environ 1,06 % à environ 101,34, alors que du brut saoudien additionnel acheminé via Oman et une réparation plus rapide que prévu des infrastructures d’exportation saoudiennes ont atténué la crainte d’approvisionnement qui avait poussé les deux référentiels vers des sommets de quatre mois plus tôt cette semaine. Ce repli marque une deuxième séance consécutive de détente, et non un simple accroc d’une journée.
L’or a suivi une trajectoire plus inhabituelle. Le cours au comptant est passé de plus de 4 360 $ US avant la décision de la Fed à près de 4 240 aussitôt après le signal restrictif, puis a remonté à environ 4 307 jeudi, en hausse d’environ 1,0 % sur la journée, même si le dollar américain se situait à son plus haut niveau en sept semaines. Cette remontée ne provient pas du mécanisme habituel des taux et du dollar, puisque les deux ont évolué contre l’or. Elle témoigne plutôt d’une demande de diversification et de nature géopolitique, qui persiste peu importe le sens que prend une décision de taux donnée. L’argent a suivi le mouvement, en hausse de 1,6 % à 63,96.
L’indice composé S&P/TSX raconte la même histoire sur les 23 dernières séances : un sommet à la fin août, un recul pénible de six semaines qui a touché son creux le jour de la hausse de la Fed, puis une reprise partielle jeudi, les métaux de base ayant tiré vers le haut l’ensemble des titres miniers.
La séance de la hausse de la Fed, le 16 septembre, marque la clôture la plus basse depuis le 31 juillet. Les matériaux et les métaux de base ont mené la reprise de jeudi, portée par un rebond de l’or, de l’argent et du cuivre.
Ce que jeudi prépare pour le 28 octobre
Les marchés monétaires évaluaient à environ 50 % la probabilité d’une hausse de taux de la Banque du Canada lors de la décision du 28 octobre, la Banque Nationale et la Banque Scotia prévoyant toutes deux un taux porté à 2,50 %. Ce pronostic repose sur la même hypothèse que le communiqué de la Fed a réécrite cette semaine, à savoir que le choc énergétique est assez durable pour se propager aux prix de base. Les mouvements entre catégories d’actifs jeudi pointent en sens contraire à la marge, le Brent menant le renversement dans lequel la Fed avait relevé son taux la veille.
L’argent et l’or ont mené les hausses, portés par une demande de diversification plutôt que par le lien habituel entre les taux et le dollar. Le Brent a mené les baisses, l’offre saoudienne acheminée via Oman ayant atténué le choc évoqué par la Fed la veille.
Rien de tout cela ne règle la question du 28 octobre. La Banque du Canada a dit clairement qu’elle relèverait son taux, et plus d’une fois, si des preuves de propagation apparaissent d’ici là. Mais le marché que les deux banques centrales observent vient de passer une séance à défaire exactement le mouvement de prix qui donnait à cette semaine des allures de tendance durable. Le maintien du taux, et non la hausse, est la position que les données de jeudi appuient jusqu’ici.