Le taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada est de 2,25 % depuis la baisse d’octobre 2025. Le rendement à deux ans des obligations du gouvernement du Canada a clôturé lundi à 3,37 %, soit 112 points de base de plus. Le 31 octobre 2025, l’écart était de 15 points de base.

La décision tombe aujourd’hui à 9 h 45 HE. Dans un sondage Reuters mené du 21 au 23 octobre auprès de 34 économistes, 19 prévoient une hausse d’un quart de point, à 2,50 %. Dans le sondage précédent, 80 % s’attendaient à ce que le taux demeure à 2,25 % jusqu’à la fin de 2026.

Les marchés obligataires n’ont pas attendu que le sondage change. Du 27 février au 26 octobre, le rendement à deux ans a progressé de 98 points de base, de 2,39 % à 3,37 %, et celui à cinq ans de 91 points de base, de 2,67 % à 3,58 %. Pendant la même période, le taux directeur n’a pas bougé du tout.

RENDEMENTS DU GC ET TAUX DIRECTEUR ÉCART DE 112 PB ▲ 2 ANS +98 PB DEPUIS LE 27 FÉVR. CLÔTURES QUOTIDIENNES  |  1ER OCT. 2025 AU 26 OCT. 2026
Source : API Valet de la Banque du Canada (rendements des obligations de référence BD.CDN.2YR.DQ.YLD et BD.CDN.5YR.DQ.YLD ; taux cible du financement à un jour V39079) ; calculs HDQ.  |  hdq.ca

Clôtures quotidiennes des rendements des obligations de référence à 2 ans et à 5 ans du gouvernement du Canada et du taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada, 265 observations du 1er octobre 2025 au 26 octobre 2026. La bande ombrée représente l’écart entre le rendement à 2 ans et le taux directeur. Les rendements du 27 octobre ne sont pas encore publiés.

Un rendement à deux ans reflète la trajectoire attendue du taux à un jour sur deux ans, ainsi que d’autres facteurs. L’écart n’est donc pas une prévision de la décision d’aujourd’hui. Il montre toutefois que le chiffre le plus souvent cité et celui qui sert à fixer le prix de l’argent ne sont plus près l’un de l’autre.

L’ancrage garde l’ancien chiffre dans les esprits

Amos Tversky et Daniel Kahneman ont décrit l’ancrage dans un article publié en 1974 dans Science. Ils ont fait tourner une roue de la fortune truquée pour s’arrêter à 10 ou à 65, puis ont demandé aux participants d’estimer la proportion de pays africains aux Nations Unies. Les estimations médianes étaient de 25 pour le groupe qui avait vu 10 et de 45 pour celui qui avait vu 65.

Le chiffre sur la roue n’avait rien à voir avec la question, et il a pourtant attiré les réponses vers lui. Les gens partent d’une valeur saillante et ajustent, mais l’ajustement tend à s’arrêter trop tôt.

Nicholas Epley et Thomas Gilovich en ont testé la raison dans un article de 2006 paru dans Psychological Science. L’ajustement demande un effort, et les gens cessent d’ajuster dès qu’ils atteignent une valeur qui semble plausible. Le point de départ est rarement très éloigné de la réalité. C’est simplement le point que l’estimation ne quitte jamais tout à fait.

Appliquée aux taux, la conséquence est directe. Si le taux à un jour sert de valeur de départ, les estimations du coût de l’argent graviteront vers 2,25 % et s’arrêteront avant le niveau où les marchés obligataires l’évaluent. La recherche décrit une tendance observée chez les gens, pas un défaut propre à l’un d’eux.

Un taux directeur est un ancrage naturel

Le taux à un jour de la Banque du Canada est à peu près le taux d’intérêt le plus saillant du pays. Il est annoncé selon un calendrier, repris dans tous les journaux et associé à un seul chiffre rond. Depuis 12 mois, ce chiffre est de 2,25 %.

Les ancrages agissent aussi sur les professionnels. Gregory Northcraft et Margaret Neale ont montré, dans un article de 1987 paru dans Organizational Behavior and Human Decision Processes, que des agents immobiliers qui évaluaient une maison étaient attirés vers son prix demandé, même s’ils affirmaient que ce prix n’avait joué aucun rôle dans leur estimation.

Les emprunteurs hypothécaires font face à la même structure. Le taux variable le plus bas se situe à 3,43 %, selon des données de Ratehub.ca rapportées par MoneySense, et une hausse d’un quart de point le porterait à environ 3,7 %. Un emprunteur ancré à 2,25 % voit un changement de 0,25 point. Celui qui a suivi le rendement à deux ans voit un mouvement amorcé il y a des mois.

L’expérience n’élimine pas complètement l’effet. Un emprunteur qui a renouvelé son prêt hypothécaire au cours des deux dernières années compare peut-être la situation actuelle à un taux fixé quand le rendement à deux ans avoisinait 2,4 %, et le taux à un jour de 2,25 % lui semblerait cohérent avec ce souvenir.

Le biais du statu quo et le point de référence silencieux

William Samuelson et Richard Zeckhauser ont documenté le biais du statu quo dans un article de 1988 paru dans le Journal of Risk and Uncertainty. Lorsqu’une option actuelle est présentée comme l’option par défaut, les gens la choisissent plus souvent que lorsqu’elle est présentée comme une solution parmi plusieurs. Ne rien changer donne l’impression de ne pas décider, même si c’est une décision.

Kahneman et Tversky ont expliqué une partie de la raison dans leur article de 1979 paru dans Econometrica sur la théorie des perspectives. Les résultats sont codés par rapport à un point de référence, et une perte par rapport à ce point pèse plus lourd qu’un gain égal. Si le point de référence est un taux bloqué à 2,25 % ou la valeur d’un portefeuille du printemps dernier, le mouvement du marché depuis février est perçu comme une perte pas encore comptabilisée.

Les taux hypothécaires fixes sont généralement établis à partir des rendements des obligations du gouvernement du Canada de même durée. Le rendement à cinq ans était de 2,70 % le 31 octobre 2025 et de 3,58 % le 26 octobre 2026, une hausse de 88 points de base. Rien de ce mouvement n’a exigé de décision de la Banque du Canada.

Les faits mesurés sont limités. Le taux à un jour n’a pas changé en un an, et les rendements à deux ans et à cinq ans ont tous deux progressé d’environ 90 à 100 points de base depuis le 27 février. Ce que les ménages et les investisseurs font de ces faits est une autre question, à laquelle la recherche citée ici ne répond pas.

Le jour de la décision résume une année en un seul chiffre

Aujourd’hui, l’écart entre les deux chiffres sera annoncé sous la forme d’un seul résultat. Une hausse à 2,50 % ramènerait l’écart à 87 points de base aux rendements de clôture de lundi. Un maintien à 2,25 % le laisserait à 112. Les données de rendement de mardi ne sont pas encore publiées, de sorte que les deux chiffres sont approximatifs.

La recherche comportementale ne dit pas quel titre sera retenu. Elle dit que le titre sera lu par rapport à un point de référence, et que, pour beaucoup de gens, ce point de référence est le taux directeur entendu depuis un an plutôt que le rendement utilisé par le marché obligataire.

Si la Banque du Canada relève son taux, le taux directeur se rapproche du marché. Si elle le maintient, le marché raconte une autre histoire depuis huit mois et l’ancrage demeure. Dans les deux cas, les 265 observations quotidiennes montrent que l’écart s’est creusé bien avant aujourd’hui.